Plus que des mots, les pierres du sculpteur Syrien Nizar Ali Badr

Cet automne, les oeuvres du sculpteur Nizar Ali Badr, artiste Syrien, ont été partagées sur quelques sites internet comme Kedistan.net ou Huffpostmaghreb.com. Chaque tableau est signé “Jabal Safoon” signifiant “composition de pierres”. Ces oeuvres sont toutes lourdes de sens. En effet l’artiste parle le langage des pierres, et partage pudiquement et avec humilité la tragédie du peuple Syrien, l’oppression, la fuite, l’exil et parfois même les conséquences de l’inexcusable : la mort.  « C’est le cri des pauvres dans un temps où toutes les personnes sont devenues de simples chiffres qui attendent la mort » explique le sculpteur.

Mais parmi toutes ces scènes, Nizar Ali Badr partage aussi l’Amour et la beauté de ces femmes, de ces enfants et de ses hommes, oubliés par leurs frères et soeurs en humanité.

Certains diront que Nizar Ali Badr est un migrant, et même qu’il serait passé (s’il n’y est pas encore) à Calais. D’autres affirmeront qu’il est toujours à Lattaquié en Syrie, comme le Huffpostmaghreb le rapporte :

« Les conditions de vie dans toutes les villes syriennes sont devenus difficiles mais cela n’est pas une raison suffisante de quitter le pays du point de vue du sculpteur. Et encore moins quitter sa ville de Lattaquié. La Syrie, pour lui, est la plus « pure des terres ». Badr se décrit volontiers comme un « homme de pierre qui ne s’intéresse qu’à l’amour de la Syrie et œuvrer à le marquer dans la pierre« .

Nizar Ali Badr partage régulièrement sur son compte Facebook, et l’hypothèse qu’il serait toujours en Syrie semble plus plausible. Naz Oke, chroniqueur chez Kedistan.net a tenté d’en savoir plus et partage sa déception de ne pas réussir à le localiser :

« Sur son Facebook je vois qu’il habite à Lattaquié en Syrie. Y est-il encore ? Sinon, où il a atterri ? J’aurais voulu tellement en savoir plus. Je ne parle pas l’arabe. J’essaye alors désespérément de déchiffrer ses rares mots en traduisant avec des outils médiocres. Malgré l’approximation des traductions, je ressens la sagesse, la simplicité, une immense amour pour l’humanité, et l’espoir. Ces mots rejoignent totalement la poésie qui découle de singulières pierres, touchées par les mains d’artiste.«

 

Les oeuvres de Nizar Ali Badr sont sculptées avec des pierres du mont Saphon, au nord de la ville d’Ougarit, connu sous le nom de Djebel Al Agraa, à environ cinquante kilomètres de Lattaquié (ou Latakia), sur la côte ouest de la Syrie. « Ces pierres savent crier et leur voix sont plus fortes que les balles« . Cet automne, c’était près de 2 000 oeuvres partagées par Nisar Ali Badr. Des sculptures qu’il garde, comme un message aux futures générations…

D’après le Huffpostmaghreb : « Le sculpteur préfère ne pas parler de religion et de politique. Ce qui se passe en Syrie ressemble, selon lui, « à une arène de combat de taureaux. Le monde regarde et applaudit. Tous le monde participe à la danse sur le corps des pauvres ». » Triste réalité :'(

Un personnage revient, cet homme aux armes à la taille, tirant ces hommes enchaînés et courbés, avec ce bâton ou ce fouet lui garantissant la soumission de ses prisonniers… Est-ce une scène que l’artiste a vécu lui-même, ou dont il a été témoin ? Ou bien est-ce une image exprimant ce que vivent les Syriens, car même si libres au sens propre pour certains, ce peuple est bien enchaîné aux dictats des uns et des autres… Et même s’ils arrivent à atteindre un pays comme le nôtre, quelles sont leur chance de retrouver une vie équilibrée, une indépendance, le bonheur ? Et si c’était nous ?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *